Dixième Synaxe annuelle du clergé de la Sainte Métropole Orthodoxe de Belgique et Exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg
«L’Orthodoxie entre intégrisme et relativisme»
Du 28 au 30 octobre 2026 s’est tenue, à La Roche-en-Ardenne, en Belgique, la dixième Synaxe annuelle du clergé de la Sainte Métropole Orthodoxe de Belgique et Exarchat des Pays-Bas et du Luxembourg (Patriarcat œcuménique), sous la présidence de Son Éminence le Métropolite Athénagoras de Belgique.
Durant trois journées, les membres du clergé venus des trois pays du Benelux se sont réunis dans un esprit de prière, de fraternité et de communion ecclésiale, afin d’approfondir ensemble plusieurs questions théologiques et pastorales auxquelles l’Église orthodoxe est confrontée dans les sociétés contemporaines.
Le thème retenu cette année, «L’Orthodoxie entre intégrisme et relativisme», faisait suite aux réflexions engagées lors de la Synaxe de 2025, consacrée à l’accueil et à l’intégration des nouveaux fidèles dans l’Église orthodoxe. Il s’agissait cette fois d’examiner comment demeurer pleinement fidèle à la Tradition de l’Église, tout en évitant les dérives du fondamentalisme religieux et les tentations du relativisme.
Les trois conférenciers invités étaient Son Excellence l’Évêque Ambroise d’Argyroupolis (Sainte Métropole d’Allemagne), le Révérend Hiéromoine Antipas Karyotis(Mont Athos) et le Révérend Professeur John Behr (Aberdeen et Nimègue).
La Synaxe s’est ouverte le mercredi 28 octobre par la prière inaugurale et la lecture du message de Sa Toute-Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, adressé au Métropolite Athénagoras et à l’ensemble des participants. Dans son message, le Patriarche a souligné l’importance de ces rencontres fraternelles pour le renouvellement spirituel du clergé et pour l’approfondissement de sa mission pastorale.Abordant le thème de la Synaxe, Sa Toute-Sainteté a rappelé que l’intégrisme et le relativisme, bien qu’opposés en apparence, portent tous deux atteinte à la dignité de la personne humaine: le premier en limitant sa liberté, le second en affaiblissant son rapport à la vérité. L’Église orthodoxe, a-t-il souligné, ne recherche pas un compromis entre ces deux extrêmes, mais témoigne de la vérité en Christ, vécue dans la liberté et la communion de l’amour. Il a notamment affirmé: «L’amour ne relativise pas la vérité, mais en manifeste la puissance vivifiante.» Le Patriarche a également insisté sur la responsabilité des prêtres, appelés à être des guides spirituels et des théologiens solidement formés, capables d’accompagner les fidèles, particulièrement les jeunes, dans leur recherche de sens et d’espérance. Dans le contexte multiculturel du Benelux, il a encouragé les communautés orthodoxes à devenir des lieux de prière, d’hospitalité et de solidarité, où la diversité des langues et des origines trouve son unité dans la foi commune. Enfin, Sa Toute-Sainteté a chaleureusement félicité le Métropolite Athénagoras pour son engagement pastoral et son souci constant de la formation du clergé, exprimant la reconnaissance de l’Église Mère envers les prêtres pour leur fidélité et leur ministère.
À la suite de la lecture du message patriarcal, Son Éminence le Métropolite Athénagoras a prononcé son discours d’ouverture, souhaitant la bienvenue aux conférenciers et aux membres du clergé, et rappelant l’importance de cette rencontre annuelle comme expression de l’unité de la Sainte Métropole et de sa communion avec l’Église Mère de Constantinople. Dans son intervention, le Métropolite a souligné les deux dangers qui menacent aujourd’hui la vie ecclésiale: d’une part, un fondamentalisme qui risque de transformer la foi en un système rigide de prescriptions et d’exclusions; d’autre part, un relativisme qui tend à vider le message évangélique de sa substance. Il a rappelé que l’Orthodoxie authentique ne consiste pas en un compromis entre ces deux extrêmes, mais dans la recherche de la «voie royale» du discernement spirituel, où la vérité demeure inséparable de l’amour, de la liberté et de l’humilité. Il a notamment évoqué l’exhortation de l’apôtre Paul à «vivre dans la vérité et dans l’amour» (Eph. 4,15). Le Métropolite a également insisté sur l’importance de l’unité ecclésiale, de la synodalité et du respect de l’autorité épiscopale, rappelant que la fidélité à la Tradition ne saurait justifier des initiatives individuelles contraires à l’ordre canonique de l’Église. Abordant plusieurs questions pastorales concrètes, notamment les modalités de réception des chrétiens non orthodoxes et la célébration du baptême des enfants, il a souligné la nécessité d’un accompagnement empreint de discernement, de responsabilité et de miséricorde. Il a enfin rappelé que l’Église orthodoxe dans les pays du Benelux ne doit pas se limiter à préserver des identités nationales ou culturelles, mais être avant tout une communauté eucharistique vivante, ouverte à tous ceux qui cherchent le Christ.
La première journée a également permis de présenter «Filoxenia», l’association centrale de bienfaisance de la Sainte Métropole, ainsi que les différents participants à la rencontre.
La première conférence fut donnée par le Hiéromoine Antipas Karyotis, sur le thème «L’Orthodoxie entre intégrisme et relativisme: discerner la voie royale». S’appuyant sur l’Écriture sainte et la tradition patristique, l’orateur a montré comment ces deux tendances opposées risquent, chacune à sa manière, d’éloigner l’homme de l’expérience authentique de la vérité en Christ. La «voie royale», a-t-il expliqué, ne constitue pas une simple position modérée entre deux extrêmes, mais leur dépassement par le discernement, la liberté spirituelle et la communion personnelle avec Dieu. La vérité chrétienne ne se réduit ni à une idéologie ni à un ensemble de formulations abstraites: elle est une réalité vécue dans la relation avec le Christ.
Le jeudi 29 octobre, après l’office des Matines, Son Excellence l’Évêque Ambroise d’Argyropolis (Métropole d’Allemagne) a présenté une conférence intitulée «La Tradition vivante: fidélité, discernement et renouveau». Il a mis en lumière le caractère vivant et dynamique de la Tradition ecclésiale, qui ne consiste pas en une conservation immobile du passé, mais en la présence agissante de l’Esprit Saint dans la vie de l’Église. Se référant notamment à la pensée du père Jean Meyendorff, il a souligné la nécessité de distinguer la Sainte Tradition des diverses traditions humaines et historiques. La véritable fidélité à la foi apostolique n’exclut pas le renouveau, pour autant que celui-ci demeure enraciné dans l’expérience authentique de l’Église et dans la continuité de sa foi.
Les participants se sont ensuite répartis en groupes linguistiques, permettant des échanges approfondis avec les conférenciers et un partage d’expériences pastorales dans les différentes paroisses de la Sainte Métropole.
L’après-midi fut consacré à une table ronde portant sur trois questions particulièrement actuelles. Son Excellence l’Évêque Joachim d’Apollonia a abordé les rapports entre l’autorité spirituelle et la liberté personnelle dans la pastorale contemporaine. L’Archimandrite Philadelphe Kafalis, vicaire général, a présenté les différentes modalités canoniques de réception des chrétiens non orthodoxes dans l’Église orthodoxe, tandis que le père Barnabas Genbruggea évoqué les défis de la transmission de la foi aux jeunes générations, soulignant la nécessité de transmettre sans imposer et d’accueillir sans tomber dans le relativisme.
Ces interventions ont donné lieu à des échanges nourris, poursuivis dans les groupes de travail linguistiques, dont les principales réflexions ont ensuite été présentées à l’ensemble des participants.
Le vendredi 30 octobre, après les Matines, le Révérend Professeur John Behr a donné la troisième conférence, intitulée «Le défi pastoral dans une société pluraliste». Dans une réflexion profondément biblique et patristique, il a montré que l’Orthodoxie ne se situe pas simplement à mi-chemin entre fondamentalisme et relativisme, mais qu’elle trouve son véritable fondement dans le mystère de la Croix du Christ. La vérité chrétienne n’est pas un système idéologique que l’on pourrait imposer à autrui: elle se révèle dans la personne du Christ crucifié et se manifeste dans l’amour qui se donne. Le ministère pastoral est ainsi appelé à témoigner de cette vérité avec humilité, dans un esprit de service, de sacrifice et de respect de chaque personne humaine.
Les travaux se sont poursuivis par des échanges consacrés à plusieurs questions pratiques touchant à la vie des paroisses, à leur organisation et à l’accompagnement pastoral des fidèles. Lors d’une rencontre particulière avec son clergé, le Métropolite Athénagoras a abordé diverses questions relatives à l’administration ecclésiastique, à la discipline canonique et à la collaboration pastorale au sein de la Sainte Métropole.
La Synaxe s’est achevée par une discussion générale au cours de laquelle les trois conférenciers invités ont pu répondre aux questions des participants et partager leurs dernières réflexions.
Au terme de ces trois journées, une conviction commune s’est dégagée: l’Église orthodoxe est appelée à demeurer pleinement fidèle à sa foi apostolique, tout en restant ouverte à l’homme contemporain, sans céder ni à la rigidité du fondamentalisme ni à l’affaiblissement de son identité dans le relativisme. Le discernement spirituel, la communion eucharistique, la liberté personnelle, l’amour et la responsabilité pastorale sont apparus comme autant de dimensions essentielles du témoignage orthodoxe dans le monde d’aujourd’hui.
Dans ses paroles de clôture, Son Éminence le Métropolite Athénagoras a chaleureusement remercié les trois conférenciers pour la richesse de leurs interventions, ainsi que l’ensemble des membres du clergé pour leur participation active et l’esprit de fraternité qui a marqué cette rencontre.
La dixième Synaxe du clergé s’est terminée par une prière commune, dans l’espérance que les réflexions et les échanges de ces journées contribueront à renforcer l’unité ecclésiale et à renouveler la mission pastorale de l’Église orthodoxe en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg.