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Beaucoup de gens en Belgique vivent comme s’il n’y avait pas de Dieu

Il m’est arrivé lors de mes interviews en Europe, de rencontrer Ignace Peckstadt, le père de l’actuel métropolite de Belgique Athenagoras, bien avant de rencontrer le métropolite lui-même. C’était à Gand, en Belgique, en 2007. A cette époque, Son Éminence Athenagoras était l’évêque auxiliaire de l’Archidiocèse de Belgique, qui était dirigé par un Grec ethnique, le Métropolite Panteleimon (Kontogiannis). Après le départ à la retraite de Son Éminence Panteleimon, la gestion de l’Église orthodoxe du Patriarcat Œcuménique en Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg a été déléguée à Son Éminence Athénagoras. Nous parlons novembre 2013.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et de nombreux événements se sont produits depuis mon passage à Gand et de nombreuses rencontres dans d’autres villes de Belgique il y a huit à onze ans. Le père Ignace est décédé. Son fils, Son Éminence Athenagoras, gère dorénavant les paroisses orthodoxes des pays du Benelux depuis plus de quatre ans. Né à Gand, flamand d’origine, il est devenu le chef d’un archidiocèse principalement grec. De nos jours, l’Archidiocèse devient moins mono-ethnique en raison de la conversion de plusieurs gens du pays à l’orthodoxie.

L’Union européenne et les Églises

En plus de gérer l’Archidiocèse de Belgique, Son Éminence Athénagoras est également le chef du Bureau De Liaison de l’Église Orthodoxe Auprès de L’Union Européenne (Patriarcat Œcuménique). Pendant plusieurs années, c’était le seul bureau représentant le christianisme orthodoxe auprès des organisations de l’Union européenne à Bruxelles, avant que les églises orthodoxes grecques, cypriotes et roumaines n’y ouvrent leurs bureaux. Le bureau de liaison de l’Église russe à Bruxelles a été ouvert en 2002, mais ce bureau dans la capitale de la Belgique n’a pas d’employé à temps plein. L’hégoumène Phillippe (Ryabykh), le représentant de l’Église orthodoxe russe, vit à Strasbourg et visite Bruxelles de temps en temps, en cas de nécessité.

Selon Son Éminence Athénagoras, il n’y a pas besoin de tant de bureaux de liaison orthodoxes à Bruxelles. L’explication du Métropolite est en grande partie basée sur le point de vue de son Patriarcat qui s’efforce de jouer un certain rôle en Europe.

« Nous avons acheté un immeuble et ouvert notre bureau en janvier 1995 », déclare Son Éminence Athenagoras. « Mais il y a actuellement trop de bureaux de liaison des Églises orthodoxes à Bruxelles. Je n’y vois aucun sens particulier, car auparavent nous pouvions fonctionner par moyen d’une seul plate-forme. Pourquoi dépenser de l’argent pour acheter un immeuble à Bruxelles s’il n’y a que deux personnes qui y travaillent ? Si vous devez assister à une réunion, vous pouvez vous y rendre depuis n’importe quel pays européen en 2 ou 3 heures. « 

« Ne pensez-vous pas que ces réunions ne sont plus suivies par des hauts fonctionnaires ? Au lieu du président de la Commission européenne, désormais le vice-président assiste aux réunions annuelles avec les dirigeants des organisations religieuses. « 

« Je pense que c’est parce que le vice-président de la Commission européenne est maintenant en charge du maintien des relations avec les organisations religieuses (pas le président, comme précédemment). C’est pourquoi ces réunions sont assistées par le vice-président. Je ne pense pas que cela signifie le déclin de ces relations. « 

« Cependant, moins de chefs religieux sont maintenant invités à ces réunions … »

« Là, il y a peut-être un rapport avec l’aspect financier, car il y a des frais d’hébergement, de voyage et autres », a répondu Son Éminence.

« Parfois, je sens qu’il n’y a rien de concret derrière toutes ces réunions de haut niveau … »

« Les réunions se tiennent conformément à l’article correspondant du traité de Lisbonne qui constitue la base de l’Union européenne. Malheureusement, vous avez probablement raison de dire que ces réunions n’aboutissent pas à des actions concrètes ou à la mise en œuvre de projets spécifiques. Nous voyons que les bonnes initiatives sont les bienvenues, mais parfois elles ne vont pas plus loin « , a conclu le métropolite.

La laïcité en action

Il y avait beaucoup de choses que je voulais discuter avec Son Éminence. Il sert dans l’un des pays les plus libéraux d’Europe, qui a légalisé pratiquement tout ce qui va à l’encontre de la morale chrétienne, y compris l’avortement, les mariages homosexuels et l’euthanasie. Il y avait aussi des cas de discrimination contre les chrétiens en Belgique. Par exemple, en décembre dernier, les bureaux de la Croix-Rouge à Liège ont été priés d’enlever les crucifix et les images de la croix car ces symboles chrétiens auraient porté atteinte au principe de la « neutralité religieuse ». Il y avait aussi d’autres développements qui ont créé un sentiment de malaise parmi les chrétiens.

Paradoxalement, malgré ses opinions libérales, la Belgique a officiellement reconnu l’orthodoxie. L’état prévoit même un soutien financier aux chrétiens orthodoxes. Comme le Métropolite Athenagoras représente les intérêts de tous les chrétiens orthodoxes de Belgique, j’ai naturellement voulu savoir ce que les chrétiens orthodoxes faisaient pour arrêter la discrimination rampante du christianisme qui prend de l’ampleur en Belgique et dans de nombreux autres pays européens.

« Il convient de noter que nous vivons dans un pays pleinement laïcisé », a déclaré Son Éminence Athenagoras, commentant les exemples de discrimination contre les chrétiens. « Beaucoup de gens vivent comme s’il n’y avait pas de Dieu ; ils ont des préjugés contre l’Église. Il nous est très difficile d’influencer quoi que ce soit. Oui, nous organisons des rencontres avec d’autres chrétiens et nous discutons de ces problèmes. Cependant, en complément de six grandes religions, le gouvernement belge reconnaît également les humanistes qui agissent comme une communauté religieuse (bien qu’ils croient en l’homme plutôt qu’en Dieu). Les humanistes sont soutenus par des francs-maçons au Parlement et au gouvernement. Parfois, on a l’impression qu’ils veulent nous marginaliser. « 

« Je comprends, bien sûr, qu’il y a beaucoup d’opposants à l’Église et au Christianisme au sein du gouvernement Belge. Mais il y a aussi des sympathisants, n’est-ce pas ? « 

« Oui, il y en a. Actuellement, nous essayons d’obtenir le droit de diffuser des liturgies à la télévision. Nos adversaires disent que ce n’est pas une priorité pour la télévision. Mais pourquoi devrions-nous regarder seulement le football, des concerts ou des documentaires de nature à la télé ? Nous avons le droit d’exiger quelque chose car nous faisons partie de la société. « 

« Avez-vous déjà tenté de changer les lois belges ? De les orienter plus sur le christianisme, comme par exemple, dans le domaine des relations familiales ou des avortements ? « 

« La loi légalisant l’avortement a été adoptée en 1990. J’étais alors un jeune diacre. Le roi Baudouin a refusé de ratifier cette loi, citant principalement ses convictions religieuses. Ensuite, se référant à un précédent datant de la Seconde Guerre mondiale, le Premier ministre de la Belgique a déclaré que le roi devrait abdiquer du trône pour une journée, afin que la loi puisse être promulgué par le gouvernement. Le roi a accepté. Après cela, le Parlement a voté en faveur de la réintégration du roi, ainsi que pratiquement tous les sénateurs. Baudouin risquait de perdre son trône, mais les sénateurs soutenaient le monarque. Je pense que de nos jours, cela ne se reproduirait plus puisque les sénateurs ne soutiendraient pas le roi. Il est évident que l’Église catholique était contre cette loi, mais ses protestations n’ont abouti à rien. Lorsque la loi sur l’euthanasie a été adoptée, pratiquement toutes les organisations religieuses ont protesté. Ils n’ont pas réussi non plus. Les politiciens ont démontré que le pouvoir est entre leurs mains. « 

« C’est probablement une autre conséquence de la domination de la laïcité dans la politique belge ? »

« Il fut un temps où l’Église catholique jouait un rôle dominant en Belgique et où elle était très puissante. Les temps ont changé. De nos jours le principe de « tout est possible » prévale. Notre précédent chef de gouvernement, par exemple, Elio Di Rupo, était ouvertement homosexuel et ‘marié’ à un homme. « 

« Les autorités exercent-elles une pression quelconque sur l’Église orthodoxe, qui maintient une approche chrétienne traditionnelle, voire biblique de la famille et du mariage ?

« Non. En Belgique, nous connaissons la séparation de l’Église et l’État. D’une part, la loi nous dit de respecter les gens qui ont d’autres façons de penser et des modes de vie différents. D’autre part, on ne peut pas nous forcer de d’effectuer des mariages de même sexe. « 

« Votre Éminence, il y a aussi la question de savoir si vous pouvez déclarer ouvertement en Belgique que du point de vue chrétien, le mariage homosexuel est un péché et qu’il en contradiction avec les Saintes Écritures ? »

« Je pense que nous pouvons le faire. Par exemple, nous pouvons dire que selon la tradition de l’Église et la tradition basée sur les Écritures, nous ne pouvons pas approuver les mariages homosexuels. Bien sûr, une autre question se pose dans le cadre de nos discussions avec les Églises anglicanes (je suis actuellement le coprésident de la Commission Internationale pour le Dialogue Théologique Orthodoxe-Anglican). Comme vous le savez, les anglicans ont ouvertement des prêtres et des évêques homosexuels. Que pouvons-nous y faire ? Nous pouvons réagir d’une certaine façon en disant que nous ne l’aimons pas. Cependant, le problème est qu’il y a aussi des homosexuels parmi les évêques de l’Église orthodoxe. Naturellement, ils en restent très discrets, mais nous savons qu’il y a de telles personnes parmi nous.

« Quoique je pense qu’il y ait une différence importante : dans l’orthodoxie, personne ne pense que les relations homosexuelles sont acceptables ; au contraire, ils sont considérés comme un péché grave, un péché mortel. En même temps, pour les anglicans, en particulier aux États-Unis et au Royaume-Uni, la notion de péché de l’homosexualité s’est érodée jusqu’au point d’avoir même complètement disparu. Quand un prêtre anglican n’est pas embarrassé de parler ouvertement de son « union » avec quelqu’un du même sexe, je me sens mal à l’aise. Les anglicans se réfèrent parfois au premier chapitre des lettres de St. Paul aux Romains comme la « déclaration anti-homosexuel », mais cela ne change pas les paroles strictes et prudentes de l’Apôtre ou ne rend pas leur signification moins claire.

 

Le Métropolite Athénagoras (Peckstadt)
a été interviewé par Sergei Mudrov
Traduit par Talyb Samedov

03/07/2018

orthochristian.com