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Le métropolite Athénagoras de Belgique docteur en théologie

Son Éminence le métropolite Athénagoras de Belgique et Exarque des Pays-Bas et du Luxembourg (Patriarcat œcuménique), président de la Conférence Episcopale Orthodoxes du Benelux, a obtenu, le 11 mai 2026, le grade de docteur en théologie à l’Université Radboud de Nimègue, à l’issue de la soutenance publique de sa thèse intitulée: « La paroisse orthodoxe Sainte-Catherine d’Amsterdam (1752-1886) ».

Dans le cadre de ses recherches, le métropolite Athénagoras s’est penché sur la fondation, le développement et la signification d’une paroisse orthodoxe dans l’Amsterdam du XVIIIe siècle, établie par des marchands grecs installés dans cette grande cité commerçante. Cette paroisse était jusqu’à présent restée largement méconnue. À une époque où la présence orthodoxe en Europe occidentale et centrale demeurait exceptionnelle — on comptait alors moins de dix paroisses orthodoxes dans l’ensemble de la région — cette communauté constitua un lieu remarquable de vie religieuse et de sociabilité pour des migrants orthodoxes, rejoints assez rapidement par des fidèles russes.

La recherche s’articule autour de plusieurs questions fondamentales: pourquoi ces migrants grecs accordaient-ils une telle importance à la fondation de leur propre lieu de culte? Comment cette communauté paroissiale fonctionnait-elle dans un environnement majoritairement non orthodoxe? Quel rôle l’identité religieuse jouait-elle dans la vie de cette communauté migrante? Pour la première fois, cette thèse reconstitue de manière exhaustive l’histoire de cette communauté longtemps oubliée et l’inscrit dans un cadre plus large, celui des migrations, des réseaux commerciaux internationaux et des relations complexes entre traditions chrétiennes orientales et occidentales au XVIIIe siècle. Elle apporte ainsi un éclairage nouveau sur la manière dont les communautés migrantes préservaient et façonnaient leur foi et leur identité dans un nouvel environnement.

Au cours de ses recherches, le métropolite Athénagoras a pu s’appuyer sur des sources primaires peu connues, voire inédites, retrouvées dans divers fonds d’archives. Parmi ces découvertes figure notamment une traduction en néerlandais de la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome datant de 1760.

Pour sa thèse de doctorat, le métropolite Athénagoras avait comme promoteurs le Prof. Dr. Peter Nissen, malheureusement décédé en février 2026, et la Prof. Dr. Heleen Murre-van den Berg, tous deux de l’Université Radboud de Nimègue. Peter Nissen était un éminent historien néerlandais de l’Église et théologien, reconnu pour ses travaux sur l’histoire de la spiritualité, la culture religieuse et le rôle social du christianisme en Europe. Heleen Murre-van den Berg est une professeure de renommée internationale, dont les recherches ont apporté une contribution majeure à l’étude du christianisme oriental et du Moyen-Orient, en particulier à travers ses travaux sur le christianisme syriaque, les minorités religieuses, ainsi que les interactions entre religion, langue et politique.


Résumé de la thèse

Cette thèse porte sur la fondation et le développement d’une paroisse orthodoxe à Amsterdam au XVIIIe siècle, établie par des marchands grecs dans un contexte marqué par les migrations, le pluralisme religieux et les tensions géopolitiques de l’époque. La recherche vise à expliquer pourquoi et de quelle manière ces marchands – dont la majorité était originaire de territoires ottomans tels que Chios et Smyrne – prirent l’initiative de fonder leur propre communauté ecclésiale dans une ville majoritairement protestante, et dans quelle mesure cette initiative relevait à la fois d’une volonté de préserver leur identité et d’un processus d’intégration dans la société néerlandaise.

L’étude inscrit cette formation communautaire dans un cadre plus large, à savoir celui de la position de l’Église orthodoxe sous la domination ottomane, de la redéfinition de l’identité grecque au sein de la diaspora et de la concurrence missionnaire des confessions chrétiennes occidentales. Dans cette perspective, la fondation de l’église Sainte-Catherine en 1752, première paroisse orthodoxe d’Amsterdam, apparaît non seulement comme un acte religieux fondamental, mais aussi comme une stratégie culturelle et confessionnelle visant à affirmer une autonomie ecclésiale. Malgré l’absence d’une autorité épiscopale locale, la grande distance qui séparait la communauté du Patriarcat œcuménique et les difficultés inhérentes à la condition migrante, celle-ci parvint à organiser une vie liturgique régulière et à faire de son église un lieu de culte, de cohésion communautaire et de transmission de la foi.

La recherche met en lumière les dimensions religieuses, sociales, culturelles et diplomatiques de cette paroisse. Elle montre comment les Grecs, grâce à des efforts collectifs, réussirent à établir des liens avec le Patriarcat œcuménique et l’Église de Russie, bénéficiant même du soutien de l’impératrice Catherine II. Par ailleurs, les dynamiques d’intégration dans le tissu local apparaissent à travers la participation des marchands grecs à la vie urbaine, les mariages mixtes, l’apprentissage de la langue néerlandaise et la traduction de la liturgie de saint Jean Chrysostome dans la langue vernaculaire. Ce dernier projet constituait une initiative novatrice visant à faire connaître la tradition orthodoxe à la société d’accueil. L’étude analyse également les tensions internes entre les tenants du traditionalisme et les partisans d’une ouverture aux idées des Lumières, tout en mettant en évidence les contacts entretenus avec des représentants des Églises réformées dans un climat que l’on pourrait qualifier d’« œcuménisme pragmatique ».

Au-delà de l’histoire d’une petite communauté, la paroisse Sainte-Catherine illustre la coexistence harmonieuse entre Grecs et Russes au sein de la diaspora et témoigne de la capacité des chrétiens orthodoxes à agir en Europe occidentale comme un carrefour interculturel et interreligieux. Le déclin progressif de la paroisse, provoqué par la restructuration des routes commerciales, les bouleversements politiques – notamment en lien avec la Révolution française – et l’émergence de l’État grec, connut une fin symbolique avec le décès de la reine Anna Pavlovna, seule souveraine orthodoxe des Pays-Bas et dernière protectrice de la paroisse.

Fondée sur un vaste corpus de sources archivistiques en grande partie inédites ainsi que sur une littérature spécialisée, cette étude réévalue l’histoire des Grecs aux Pays-Bas. Elle met en évidence le rôle de la religion dans la vie communautaire et éclaire les interactions entre identité, foi et intégration. La thèse démontre que la fondation d’une paroisse à Amsterdam ne constitua pas simplement un événement religieux, mais plutôt un véritable laboratoire d’expérimentations identitaires, interculturelles et confessionnelles, dont l’héritage – porté notamment par des figures telles qu’Adamántios Koraïs – contribua à la fois à l’éveil national grec et à la mémoire collective de la diaspora.

L’Université Radboud de Nimègue

L’Université Radboud de Nimègue, fondée en 1923 sous le nom d’Université Catholique de Nimègue, est née de la volonté d’offrir aux catholiques romains de meilleures perspectives au sein de la société néerlandaise. Elle porte le nom de Saint Radboud, évêque d’Utrecht (899-917), et s’est développée autour d’un double engagement en faveur de l’excellence académique et de l’émancipation intellectuelle. Depuis 2004, elle porte son nom actuel.

Aujourd’hui, l’Université Radboud est reconnue comme une institution d’enseignement supérieur de premier plan, à dimension internationale, comptant parmi les meilleures universités des Pays-Bas. Elle jouit d’une solide réputation académique, se distingue par la qualité de ses recherches et offre un cadre universitaire particulièrement agréable sur un vaste campus verdoyant.

Bien que l’université ait officiellement perdu en 2020 l’appellation de « catholique » à la suite d’une décision des évêques néerlandais, le Saint-Siège a estimé qu’elle conservait son identité catholique. Sa faculté demeure profondément enracinée dans la tradition chrétienne et dans une réflexion nourrie par l’expérience de foi.

La faculté de théologie de l’Université Radboud, intégrée à la Faculté de Philosophie, de Théologie et de Sciences Religieuses, est reconnue pour son excellence académique, son esprit critique et son expertise historique. Elle propose un enseignement et une recherche de haut niveau, avec une attention particulière portée à la tradition chrétienne, au débat public et aux grandes questions contemporaines.

Biographie du Métropolite Athénagoras

Son Eminence le Métropolite Athénagoras de Belgique, né à Gand, en Belgique, est le fils de l’Archiprêtre Ignace Peckstadt (paroisse orthodoxe de Gand) et de Marie-Thérèse Janssens. Après quelques années d’études de Droit à l’Université de Gand, et grâce à une bourse d’étude du Patriarcat Oecuménique, il entra à l’Université de Thessalonique, où il étudia et obtint, avec grande distinction, la théologie. Plus tard, il fut envoyé à l’Institut Oecuménique de Bossey (Université de Genève), pour compléter sa formation, tout en rédigeant une thèse sur l’ Histoire de la présence orthodoxe au Benelux et son rôle dans le mouvement oecuménique. Ordonné diacre le 12 novembre 1989, par le Métropolite Bartholomée de Philadelphie, aujourd’hui Patriarche Oecuménique, celui-ci lui donna le nom d’Athénagoras, en mémoire du grand Patriarche Athénagoras. Le Métropolite Pantéléimon de Belgique l’ordonna ensuite prêtre le 17 mars 1996. Six mois plus tard, il fut élevé au rang d’archimandrite et nommé vicaire épiscopal des paroisses néerlandophones et francophones de l’Archevêché (Benelux). Il fut aussi professeur de religion pendant cinq ans dans différents lycées de Flandre. Au début de l’année 1994, le Métropolite Pantéléimon le nomma producteur-responsable pour les émissions orthodoxes de radio et de télévision en Belgique, tant francophones que néerlandophones. La même année, le Saint Synode du Patriarcat Oecuménique le nomma collaborateur du nouveau Bureau de l’Eglise Orthodoxe auprès de l’Union Européenne à Bruxelles. En 1995, il fonda, avec la bénédiction du Métropolite Pantéléimon, une paroisse orthodoxe à Bruges, dédiée aux Saints Constantin et Hélène, dont il fut nommé premier recteur. En 2001 il créa la Paroisse des Saints Cyrille et Méthode à Ostende et en 2008 celle des Trois Hiérarques à Hasselt. Depuis de nombreuses années il est l’aumônier orthodoxe de l’Aéroport International de Bruxelles. Elu – à l’unanimité – le 13 mai 2003 par le Saint Synode du Patriarcat Oecuménique, il fut élu évêque auxiliaire du Métropolite de Belgique, avec le haut titre d’ Evêque de Sinope. Son sacre épiscopal eut lieu le 22 juin 2003 en la cathédrale orthodoxe de Bruxelles. En sa réunion du 27 novembre 2013, le Saint et Sacré Synode du Patriarcat Oecuménique de Constantinople l’a élu à l’unanimité Métropolite de Belgique et Exarque des Pays-Bas et du Luxembourg. Son intronisation eut lieu le 21 décembre 2013. Depuis son election il est le président de la Conférence Episcopale Orthodoxe du Benelux , co-président du Dialogue avec l’Eglise Anglicane et président de différentes commissions orthodoxes. Il prend régulièrement part aux missions et représentations du Patriarcat Oecuménique, seul ou en tant que membre de la suite patriarcale, et participe à de nombreux congrès interorthodoxes et interconfessionnels.

Doctoral Defense of Metropolitan Athenagoras of Belgium (Radboud University Nijmegen)